Payer de sa personne ou la subjectivité du journaliste

"Je n'ai pas trop voulu personnaliser ce compte-rendu car il représente toute la classe et non un seul élève". C'est ce que nous disait, en nota bene, un élève chargé du compte-rendu de la séance pour notre rubrique "Quoi de neuf cette semaine?". Pourtant, la consigne, c'était bien de donner son avis sur la séance et de dire ce qui lui avait plu et moins plu et ce qu'il aurait voulu approfondir.


Notre première réaction en tant qu'enseignantes a été la surprise, puis l'impression que l'élève n'avait pas compris la consigne puis, finalement, nous nous sommes dit, tiens, c'est un beau problème qu'il pose là. La place de la subjectivité (la façon personnelle de chacun de percevoir ce qui l'entoure), c'est en effet le gros problème du journaliste.


Ce problème repose au moins sur deux enjeux:

-le journaliste doit-il rester neutre pour éviter d'influencer son public et pour essayer de tendre vers une information qui soit le plus proche possible de la vérité? ou doit-il, lorsqu'il considère que son avis est juste, le partager? 

-le journaliste doit-il garder pour lui ses sensations, ses impressions et ses émotions ou doit-il au contraire, en les partageant avec le public, lui communiquer des choses qui s'expriment ainsi beaucoup mieux qu'avec des mots?


Selon le type de journalisme (journalisme d'analyse, journalisme d'actualité, journalisme politique, journalisme culturel, artistique, sportif, journalisme par l'image), la subjectivité et l'émotion n'auront pas la même place. Ce qui compte en tout cas c'est, lorsqu'on s'appuie sur sa subjectivité, de l'indiquer au lecteur et de lui dire que ce qu'on affirme ou ce qu'on exprime est une possibilité parmi d'autres, qu'il n'est pas obligé de suivre, mais qu'on a jugé important de partager avec lui.


Mais c'est encore une autre question, tout aussi importante, que posait le nota bene de notre élève. Le journaliste a-t-il le droit, par pudeur, mais aussi pour se préserver, éviter de trop donner de lui, de trop payer de sa personne, de ses émotions, de ses convictions? Garder sa distance, c'est aussi une façon de garder pour soi ce qu'on n'a pas envie de partager!

Alors, pour résumer, le compte-rendu de séance peut être teinté de subjectivité. Il doit raconter un vécu qui est celui de la classe entière, mais à travers le regard particulier de l'élève qui rédige. Malgré tout, si le rédacteur a envie de se préserver, c'est son droit de ne pas donner son avis. Dans ce cas, pourquoi pas s'appuyer sur une subjectivité collective, celle du groupe, en écrivant par exemple, "la classe a eu l'air d'apprécier cette séance..., certains se sont un peu ennuyé ou auraient voulu qu'on parle de telle ou telle chose...". On rend ainsi le compte-rendu plus animé, plus vivant.


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